Trouble affectif saisonnier

Lola Molina / Maud Galet-Lalande

VLAD: « Il fait gris.

DOLLY: C'est pas gris, c'est la nuit en un tout petit peu plus clair. »


Vlad a cinquante ans, peut-être un peu moins, sans doute un peu plus. Entre deux verres de bières, il tombe amoureux de Dolly dont il deviendra le complice de plein gré. Elle, est tantôt majeure, tantôt ado et voit le monde en variations de lumière. Après un meurtre qu'elle a commis sur un coup de tête, le couple partira en cavale sur les routes nationales de Province, au milieu de paysages plats baignés de lumières floues. Acteurs principaux d'un fait-divers, et bientôt « placés sur la liste des personnes les plus recherchées du pays », Vlad et Dolly ne cessent pourtant de rêver de mariage, de maison confortable et de vie normale ; et leur cavale à travers un pays de zones périurbaines et d'inégalités sociales, deviendra l'épopée de deux héros tragiques, symboles d'une époque en crise.

Et l'amour, qui jamais, ne quittera leur route.

Trouble Affectif Saisonnier est une pièce qu'on ne traite pas de la même façon à vingt qu'à quarante ans. Si j'avais la moitié de mon âge, j'envierais la liberté des personnages, je fantasmerais sur leur amour improbable, j'aurais admiré l'extrême de leur situation et j'aurais sans doute aimé les suivre dans leur périple.

Aujourd'hui, avec vingt ans de réel en plus, le destin de Vlad et Dolly me touche parce qu'il est inexorable et qu'ils sont devenues malgré-eux les personnages principaux d'un fait-divers et que le quart d'heure de célébrité que leur cavale leur offre, est un cadeau dont ils ne veulent pas. Ceux que j'aurais pris pour des héros, m'apparaissent aujourd'hui comme les victimes d'une société violente, qui fabrique des histoires extraordinaires à bases de faits divers et de surenchères médiatique ; qui pousse des adolescentes de 14 ans à commettre des crimes et des quinquagénaires mariés à rompre avec la norme du jour au lendemain. Cette société, Vlad et Dolly cherchent à la fuir ensemble avec l'énergie du désespoir, en repoussant coûte que coûte l'idée que l'issue de leur fuite ne peut être que fatale.

C'est cette tragédie - au sens grec du terme : des héros sacrifiés, qui ont conscience de leur fin prochaine - que je veux raconter à travers le texte de Lola Molina.

Celles de héros ordinaires sans idéaux, si ce n'est celui de s'aimer jusqu'au bout.

Avec: Eugénie Ancelin et Serge Wolff 
Mise en scène: Maud Galet-Lalande 
Création vidéo et scénographie: Nicolas Helle
Assistant à la mise en scène:  Antoine Colla
Coproduction: Théâtre du Centaure, Théâtres de la Ville de Luxembourg, KHN